À retenir :
La division en lots est un principe clé du Code de la commande publique qui impose à tout marché de comprendre des prestations distinctes sauf exceptions motivées. L’application de la règle engendre une meilleure concurrence et facilite l’accès aux PME, notamment grâce à une décomposition adaptée au profil des opérateurs économiques.
La question de la dévolution en sous-ensembles ne se limite pas à un choix technique, mais engage la stratégie des acheteurs publics et des entreprises candidate. La maîtrise d’ouvrage doit composer avec des critères complexes, incluant la taille, les capacités des PME et la cohérence économique. Comprendre ces modalités pratiques permet d’anticiper les enjeux liés à la limitation du nombre de lots et aux conditions d’attribution. Après lecture, le lecteur disposera des clés pour intégrer la nécessité d’une définition équilibrée des prestations dans les marchés publics.
Cadre légal et définition de l’allotissement
Définition du lot et décomposition
L’allotissement consiste à diviser un marché public en plusieurs sous-ensembles appelés lots. Chaque lot correspond à une prestation distincte ou un ensemble de prestations liées, pouvant faire l’objet d’un contrat séparé.
La décomposition en lots facilite l’accès à la commande publique, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME), en leur permettant de répondre à des marchés adaptés à leurs capacités techniques et financières.
Le découpage se fonde sur des critères techniques précis ou sur la structure économique du secteur concerné. Ainsi, des prestations différentes ou des zones géographiques distinctes peuvent justifier un allotissement.
Articles L2113-10 et L2113-11
L’article L2113-10 du Code de la commande publique impose aux acheteurs de passer leurs marchés en lots séparés dès lors que l’objet du marché permet d’identifier des prestations distinctes. Cela signifie que la division en sous-ensembles n’est pas facultative, mais devient la règle générale.
En revanche, l’article L2113-11 prévoit des cas d’exception à cette obligation. L’acheteur peut alors décider de ne pas décomposer le marché s’il justifie cette non-application en motivant précisément sa décision dans les documents de la procédure ou dans un rapport de présentation.
Les motifs légaux d’exemption incluent l’incapacité à assurer seul la coordination, la restriction de la concurrence ou encore la complexité technique ou financière qui rendrait l’exécution plus difficile ou coûteuse.
Enjeux et objectifs : PME, concurrence et efficacité
L’objectif principal de la division des marchés publics en lots est de favoriser l’accès des PME à la commande publique. Ces entreprises, souvent de taille modeste, ne pourraient pas répondre efficacement à un marché global regroupant toutes les prestations.
En fractionnant le marché, on stimule la concurrence en permettant une pluralité d’opérateurs économiques de proposer leurs offres sur des lots adaptés à leurs compétences.
Plus largement, l’allotissement favorise une meilleure allocation des ressources publiques et une efficacité accrue dans la réalisation des projets. Il permet aussi d’éviter qu’un seul prestataire monopolise un marché important sans que cela soit justifié.
La limitation du nombre de lots attribuables à un même opérateur est un outil précieux pour garantir cette diversité. Dans certains cas, les documents de consultation envisagent une contrainte sur le nombre maximal de lots qu’une entreprise peut obtenir, afin de soutenir la participation des PME.
Le mot de la rédaction. « La justification écrite de la non-application du principe de division des marchés assure transparence et sécurité juridique, conditions indispensables au bon fonctionnement de la commande publique. »
Détermination des lots : modalités pratiques
Nombre, taille et objet des lots
L’acheteur public a la responsabilité de définir le nombre, la taille et l’objet des lots dans un marché allotis. Cette détermination doit reposer sur une analyse approfondie des prestations à réaliser, en tenant compte des caractéristiques techniques et de la structure économique.
La taille des lots doit rester compatible avec la capacité des entreprises ciblées. Par exemple, dans le secteur des services, un lot trop volumineux risque d’exclure les petites sociétés, tandis qu’un fractionnement trop poussé peut complexifier inutilement la gestion du marché.
Lorsqu’un marché comporte plusieurs lots de faible montant, l’acheteur peut appliquer les règles des procédures adaptées, permettant ainsi une plus grande souplesse tout en respectant les seuils européens.
Limitation du nombre de lots par opérateur
Les acheteurs peuvent limiter le nombre de lots pour lesquels un même opérateur économique peut soumissionner ou se voir attribuer. Cette mesure vise à encourager la répartition de la commande entre plusieurs entreprises afin d’élargir la concurrence.
En pratique, cette limitation est définie dans le dossier de consultation. Elle doit préciser les règles d’attribution lorsque les critères conduiraient un candidat à obtenir plus de lots que le plafond fixé.
Ce mécanisme influe sur la stratégie des entreprises. Elles doivent bien choisir les lots pour lesquels elles candidatent, tout en anticipant la possibilité de restrictions à leur attribution effective.
Marché global et dérogations : situations exceptionnelles
Différence entre marchés globaux et allotissement
Un marché global regroupe plusieurs prestations sous un même contrat unique, contrairement à un marché divisé en lots. Dans ce cadre, la gestion et la coordination des différentes prestations sont concentrées auprès d’un seul opérateur.
Les marchés globaux sont utilisés lorsque l’intégration des travaux, fournitures ou services est essentielle pour assurer la cohérence et la qualité du projet. Ils permettent également de simplifier les procédures administratives.
Exemples de dérogations (travaux, nucléaire)
Plusieurs dérogations au principe de division sont prévues par la loi. Par exemple, pour les marchés nécessaires à la reconstruction d’équipements publics ou en cas d’impératifs liés à des installations nucléaires, les acheteurs peuvent choisir de ne pas allotir.
La loi n° 2024-450 du 21 mai 2024 introduit explicitement ce droit pour certains projets dans le secteur nucléaire, sous réserve d’une motivation claire. Cela répond aux besoins de sécurité et de coordination propres à ces projets stratégiques.
Les collectivités publiques victimes de dégradations importantes bénéficient aussi d’assouplissements temporaires, leur permettant de passer des marchés uniques afin d’accélérer les opérations.
Jurisprudence et actualités récentes
Loi industrie verte et offres variables
La loi relative à l’industrie verte adoptée en octobre 2023 autorise les entités adjudicatrices à accepter des offres variables selon le nombre de lots susceptibles d’être obtenus. Cette souplesse modifie les pratiques d’allotissement, notamment pour les marchés importants dépassant les 10 millions d’euros.
Elle ouvre la voie à une meilleure adaptation des offres aux contraintes opérationnelles, tout en complexifiant le traitement des consultations.
Ordonnances et dérogations temporaires
Des ordonnances récentes ont introduit des dérogations temporaires sur l’obligation de découper les marchés en lots. Par exemple, suite à des événements exceptionnels tels que des émeutes ou catastrophes, des procédures simplifiées ont été mises en place pour faciliter la reconstruction rapide.
La jurisprudence administrative reste cependant vigilante et demande une motivation rigoureuse pour toute dérogation au principe d’allotissement. Les tribunaux acceptent une certaine souplesse, surtout lorsque la coordination technique ou la gestion du projet l’exigent.
Pourquoi l’allotissement est-il obligatoire ?
L’allotissement est obligatoire pour garantir la transparence et la concurrence dans la passation des marchés publics. Cette exigence découle de la volonté de favoriser un accès plus large des PME aux contrats publics.
En divisant un marché complexe, on évite de concentrer la commande entre les mains d’un seul opérateur qui ne pourrait répondre à l’ensemble des besoins. Cela maximise l’efficience économique et incite à des propositions adaptatives et compétitives.
La règle impose également une motivation écrite en cas de non-application, exactement décrite à l’article L2113-11, renforçant la responsabilité des acheteurs publics face à leur choix.
Comment déterminer le nombre et la taille des lots ?
La détermination des lots se fait selon plusieurs critères, incluant la nature des prestations, leur complexité technique et les capacités des entreprises ciblées.
Les acheteurs doivent établir un équilibre entre un nombre suffisant de lots pour favoriser l’accès des PME, et la nécessaire cohérence et efficacité du projet global.
En pratique, des règles encadrent les marchés comprenant des lots de faible montant, notamment en vigueur depuis les seuils européens récents, permettant parfois des procédures plus adaptées.
FAQ — Allotissement dans les marchés publics
Qu’est-ce que l’allotissement en cuisine ?
L’allotissement en cuisine se réfère à la division des prestations liées à la restauration en plusieurs lots distincts, permettant de confier séparément la préparation, la livraison ou le service. Ce principe facilite la gestion et l’accès des petites entreprises à ces marchés.
Qu’est-ce qu’un marché alloti ?
Un marché alloti est un marché public divisé en plusieurs lots, chacun correspondant à une prestation ou un ensemble de prestations distinctes. Cette division vise à favoriser la concurrence et l’accès des petites et moyennes entreprises.
Comment fonctionne l’allotissement dans un marché public ?
L’allotissement fonctionne en divisant un marché en lots correspondant à des prestations distinctes. L’acheteur public définit le nombre et la taille des lots suivant des critères techniques et économiques, facilitant ainsi la participation des PME et stimulant la concurrence.
Pourquoi l’allotissement est-il obligatoire dans les marchés publics ?
L’obligation d’allotissement garantit la transparence et la concurrence en évitant qu’un seul opérateur monopolise un marché. Elle favorise l’accès des PME et impose une justification écrite en cas d’exception, assurant la sécurité juridique et l’efficacité des marchés.
Comment se détermine le nombre et la taille des lots dans un allotissement ?
La détermination du nombre et de la taille des lots repose sur l’analyse des prestations, leur complexité et les capacités des entreprises ciblées. L’équilibre vise à favoriser l’accès des PME tout en conservant la cohérence et l’efficacité du projet global.
Qu’est-ce que l’allotissement dans la logistique ?
L’allotissement en logistique consiste à découper un marché en plusieurs lots couvrant différentes prestations logistiques, comme le transport, le stockage ou la distribution, afin d’adapter chaque lot aux capacités des prestataires et optimiser la gestion globale.

Emma, auteure spécialisée en transport et logistique, rédige des articles techniques et analyses pour aider les professionnels à optimiser leurs opérations et stratégies.




